L’exposition « Sur le Fil » se propose de réunir une vingtaine d’œuvres d’artistes de toutes nationalités explorant la thématique du mimétisme et de l’hybridation de la matière.
Préambule à la visite, la magnifique installation d’Aline Thibault, « Au fil de », présentée devant la fenêtre à l’entrée de la salle Grand Angle, frappe d’emblée par la poésie qui s’en dégage. Les reliefs familiers de la machine à coudre ancrent l’œuvre dans le plan du visiteur, tandis que le verre azuré fragmenté joue avec la lumière, invitant à l’imagination…
Une scénographie volontairement épurée, signée Franck Lecorne, se déploie dans la pénombre de la salle d’exposition : la lumière qui en émerge sculpte les contours des œuvres, révèle les vibrations de couleur et sublime les mille facettes de la transparence.
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Le parcours de l’exposition débute par l’évocation des rencontres entre textile et verre : d’emblée la présence humaine s’impose par le biais des mains dévidant les pelotes, démêlant les liens, étreignant les cordes… au-delà de l’esthétique évidente des pièces, c’est surtout un fil social et historique qui se déroule sous les yeux du visiteur. Ainsi les thématiques de la mémoire, de la transmission, mais aussi de la solidarité et de l’effort commun se font-elles jour, sous les doigts de verre manipulant les textiles, puis par les traces d’une influence visant à sublimer l’ensemble.
Lieve Van Stappen file la métaphore d’Ariane, ce guide qui permet à qui le suit de retrouver son chemin ; les mains délicates imaginées par Deborah Hopkins effleurent un fil rouge, comme une histoire qui s’écrirait patiemment sous les yeux du visiteur ; dans l’œuvre de Karola Dishinger, c’est une corde solidement empoignée qui matérialise le lien et le sentiment d’unité.
Chez Matei Negreanu et Cristiano Bianchin, le verre et le textile se mêlent comme une ode à la beauté et à la poésie, assaisonnée d’un brin de folie.
Quant à Claire Deleurme, Julie Decriem et Montserrat Duran Muntadas, chacune convoque à sa manière l’image de l’aïeule comme figure initiatrice, proposant la découverte de travaux d’aiguille concentrant en réalité des siècles de transmission, l’histoire matrimoniale et sentimentale de plusieurs générations.
La spectaculaire installation « La Femme aux 1000 cœurs » de Montserrat Duran Muntadas clôture magistralement cette première partie dédiée aux hybridations.
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C’est parfois le verre qui se transforme pour évoquer, par sa finesse, un écheveau de liens, la trame d’un tissage, les alvéoles délicates d’une dentelle. Etiré au chalumeau, sublimé dans ses torsades intriquées par le moulage, ou encore thermoformé afin de lui imposer de souples ondulations, le fil de verre évoque les étapes de la transformation du textile.
Créant parfois l’illusion, toujours l’admiration, le matériau se texturise au fur et à mesure du cheminement du visiteur, l’invitant à redécouvrir sa beauté… jusqu’à ne plus entretenir de certitudes.
Anne-Claude Jeitz et Alain Calliste travaillent le fil de verre au chalumeau jusqu’à lui conférer finesse et brillance ; Carol Milne moule des tricots surdimensionnés et colorés qui semblent vibrer d’une vie propre ; quant à Ivan Mares, sa pièce conservée dans les collections permanentes du MusVerre étonne par la précision de ses détails et par la sensation de monumentalité qui s’en dégage. À une tout autre échelle, les précieux mouchoirs de Nataliya Vladychko évoquent l’intimité d’histoires secrètes. Les drapés chatoyants et ondoyants de Cathryn Shilling font écho à ceux de Barbara Idzikowska, lessive fraîchement étendue…
Enfin, l’exposition se referme par une prouesse artistique et technique, celle du tissu de verre imaginé et conçu par Lucile Viaud et Aurélia Leblanc, aux frontières de l’art et de la science.